Les erreurs de conjugaison les plus fréquentes chez les francophones

Le passé composé qui ne s’accorde pas, l’auxiliaire qui se trompe de verbe, une conjugaison qu’on hésite à écrire à l’oral comme à l’écrit : ces ratés reviennent sans cesse, même chez des locuteurs qui maîtrisent parfaitement la langue à l’oral. Ce n’est pas un défaut d’attention, c’est une propriété du français : plusieurs formes verbales se prononcent à l’identique tout en s’écrivant différemment, et rien à l’oral ne permet de trancher. Comprendre pourquoi ces confusions se répètent, et disposer d’un test rapide pour chacune, aide bien plus que de se corriger cent fois au hasard.

En bref
La plupart des fautes de conjugaison viennent de terminaisons homophones : « je mangeais » et « il mangeait » se prononcent pareil mais ne s’écrivent pas pareil. Le seul moyen fiable de trancher, ce n’est pas de mieux « sentir » la phrase, c’est d’appliquer un test précis à chaque cas.
  • Le participe passé après avoir s’accorde seulement si le complément d’objet direct est placé avant le verbe.
  • Certains verbes (aller, venir, arriver, partir…) se conjuguent au passé composé avec être, pas avec avoir.
  • « être » et « avoir » servent à la fois de verbes et d’auxiliaires : leurs formes s’entremêlent, d’où la confusion.
  • Dans le doute, reformuler ou vérifier avec un conjugueur n’est jamais une faiblesse.

Pourquoi ces erreurs reviennent toujours #

Le français a hérité du latin un système verbal où plusieurs personnes ou plusieurs temps se prononcent de façon quasi identique. Le cas le plus courant concerne l’imparfait : les terminaisons -ais (je, tu), -ait (il, elle) et -aient (ils, elles) sonnent exactement de la même façon à l’oral, alors qu’elles s’écrivent trois fois différemment. Autre exemple, au présent des verbes en -er : « je parle », « tu parles » et « il parle » se prononcent à l’identique malgré la présence d’un -s à la deuxième personne.

Cette absence de repère sonore explique pourquoi une bonne oreille ne suffit pas à choisir la bonne orthographe. Il faut un point d’appui différent : une règle courte, ou mieux, un test qu’on peut appliquer sur le moment, sans avoir à réciter une leçon entière. C’est ce que proposent les cas ci-dessous.

À lire Où télécharger des tableaux de conjugaison fiables et pratiques

Les confusions les plus courantes, une par une #

Imparfait — terminaison selon la personne

« Je mangeait » ou « je mangeais » ?

Incorrectje mangeait
Correctje mangeais — et à la 3e personne : il mangeait
Le test — « je » et « tu » ne prennent jamais -ait à l’imparfait, seulement -ais. Seuls « il », « elle », « on » prennent -ait. Si le sujet est « je », la terminaison ne peut pas se terminer par un t.
Participe passé avec « avoir »

« Les pommes que j’ai mangé » ou « mangées » ?

Incorrectles pommes que j’ai mangé
Correctles pommes que j’ai mangées
Le test — avec l’auxiliaire avoir, le participe passé ne s’accorde que si le complément d’objet direct (COD) est placé avant le verbe. Ici, « que » reprend « les pommes » et se trouve avant « ai mangé » : on accorde. Comparer avec « j’ai mangé des pommes » : le COD (« des pommes ») est après le verbe, donc pas d’accord.
Auxiliaire « être » ou « avoir »

« J’ai allé » ou « je suis allé » ?

Incorrectj’ai allé au marché
Correctje suis allé au marché
Le test — un petit groupe de verbes (aller, venir, arriver, partir, sortir, entrer, monter, descendre, tomber, rester, retourner, naître, mourir…) se conjugue au passé composé avec être, pas avoir. Si le verbe décrit un déplacement ou un changement d’état sans complément d’objet direct, l’auxiliaire à essayer en premier est « être ».
Homophones « ai / aie / ait »

« Je ait » ou « j’ai » ?

Incorrectje ait un rendez-vous
Correctj’ai un rendez-vous
Le test — à la première personne du présent de l’indicatif, « avoir » s’écrit toujours ai, sans t ni e. La forme « aie » n’existe qu’au subjonctif (« il faut que j’aie »), et « ait » qu’à la 3e personne du subjonctif (« qu’il ait »). Si le sujet est « je » et qu’on n’est pas dans une phrase de souhait ou de doute, c’est « ai ».
Verbe non conjugué

« Je aller » ou « je vais » ?

Incorrectje aller au marché
Correctje vais au marché
Le test — dès qu’un sujet (je, tu, il, nous…) est suivi directement d’un verbe, ce verbe doit être conjugué à ce sujet, jamais laissé à l’infinitif. L’infinitif ne s’emploie après un sujet que s’il suit un autre verbe déjà conjugué (« je vais aller ») ou une préposition (« pour aller »).

L’accord du participe passé : ce qui décide vraiment #

Plutôt qu’un tableau d’exceptions, une seule logique suffit à couvrir la plupart des cas : le participe passé s’accorde avec ce qui vient avant lui, jamais avec ce qui vient après.

  • Avec avoir : le participe s’accorde uniquement si le complément d’objet direct est placé avant le verbe (« la lettre qu’il a écrite »). S’il est après ou absent, le participe ne bouge pas (« il a écrit une lettre »).
  • Avec être (hors verbes pronominaux) : le participe s’accorde avec le sujet, en genre et en nombre (« elle est partie », « ils sont arrivés »).

Le réflexe utile est donc de se demander, dans l’ordre : quel est l’auxiliaire ? Puis, s’il s’agit d’« avoir », où se trouve le complément d’objet direct par rapport au verbe ? La réponse à ces deux questions suffit dans l’immense majorité des phrases du quotidien.

Les verbes irréguliers qu’on croise le plus #

Une poignée de verbes très fréquents — être, avoir, aller, faire — résistent aux modèles réguliers parce qu’ils viennent de plusieurs racines latines différentes fondues en une seule conjugaison, et parce qu’ils servent aussi d’auxiliaires pour construire d’autres temps. C’est cette double fonction qui multiplie les occasions de se tromper : une erreur sur « être » ne touche pas seulement ce verbe, elle touche aussi tous les passés composés qui s’appuient dessus.

être
Verbe ET auxiliaire : ses irrégularités se répercutent sur tous les passés composés des verbes de mouvement.
je suis · tu es · il est
nous sommes · vous êtes · ils sont
avoir
Auxiliaire de la majorité des verbes au passé composé ; se confond souvent avec ses homophones ai/aie/ait.
j’ai · tu as · il a
nous avons · vous avez · ils ont
aller
Radical qui change complètement selon la personne ; se conjugue avec « être » au passé composé.
je vais · tu vas · il va
nous allons · vous allez · ils vont
faire
Forme la 3e personne du pluriel « ils font », en rupture avec le reste de la conjugaison.
je fais · tu fais · il fait
nous faisons · vous faites · ils font

Face à un verbe irrégulier, mieux vaut vérifier que deviner : ces verbes n’obéissent à aucune règle qu’on pourrait reconstruire par analogie avec un verbe régulier.

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Que faire dans le doute, en situation réelle #

À l’oral, personne n’a le temps de dérouler une règle avant de parler, et ce n’est pas grave : la langue parlée tolère très bien l’hésitation. À l’écrit, deux réflexes suffisent dans la quasi-totalité des cas.

Le premier est de reformuler : remplacer une tournure hésitante par une autre qu’on maîtrise avec certitude. Douter entre « il faut que je sois » et une autre forme du subjonctif ? Rien n’oblige à garder cette construction si une phrase plus simple exprime la même idée. Le second réflexe est de vérifier avec un conjugueur avant d’envoyer un message important, un mail professionnel ou un texte destiné à être lu par d’autres. Chercher une conjugaison n’est pas un aveu de faiblesse : c’est exactement ce que font les personnes qui écrivent bien, plus souvent qu’on ne le croit.

À retenir
  • Beaucoup d’erreurs de conjugaison viennent de terminaisons qui se prononcent pareil mais s’écrivent différemment — ce n’est pas un manque d’attention, c’est une propriété du français.
  • Le participe passé avec « avoir » ne s’accorde que si le COD est placé avant le verbe ; avec « être », il s’accorde avec le sujet.
  • Aller, venir, arriver, partir et quelques autres verbes de déplacement prennent « être », pas « avoir », au passé composé.
  • « je » ne prend jamais la terminaison « -ait » à l’imparfait, et « avoir » à la première personne s’écrit toujours « ai ».
  • Reformuler ou vérifier avec un conjugueur en cas de doute n’est jamais un signe de faiblesse.

Questions fréquentes #

Pourquoi certaines conjugaisons se prononcent-elles pareil malgré une orthographe différente ?+
Parce que le français a conservé à l’écrit des marques grammaticales (personne, temps) que la prononciation a peu à peu effacées. Les terminaisons -e, -es, -ent du présent ou -ais, -ait, -aient de l’imparfait en sont les exemples les plus fréquents : elles se distinguent à l’œil, pas à l’oreille.
Comment savoir si un verbe se conjugue avec « être » ou « avoir » au passé composé ?+
La majorité des verbes prennent « avoir ». Un groupe restreint de verbes de déplacement ou de changement d’état (aller, venir, arriver, partir, sortir, entrer, monter, descendre, tomber, rester, retourner, naître, mourir) prend « être ». En cas de doute sur un verbe précis, un conjugueur donne la réponse en quelques secondes.
Le participe passé s’accorde-t-il toujours avec « avoir » ?+
Non. Avec « avoir », l’accord ne se fait que si le complément d’objet direct est placé avant le verbe. S’il est après le verbe ou absent, le participe reste invariable.
Est-il grave de devoir vérifier une conjugaison dans un conjugueur ?+
Non, au contraire : vérifier une forme incertaine avant de l’écrire est une habitude courante chez les personnes à l’aise avec la langue, pas un signe de faiblesse.

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