Les conjugaisons des verbes pronominaux en français

Un verbe pronominal se reconnaît à son pronom qui renvoie au sujet — se laver, s’aimer, se souvenir. Mais tous ne fonctionnent pas pareil, et c’est justement ce que fait ce pronom dans la phrase qui décide, plus tard, comment accorder le participe passé.

En bref
Dans un verbe pronominal, le sujet et le pronom (me, te, se, nous, vous) désignent la même personne. Mais ce pronom peut jouer trois rôles différents — objet direct de l’action, simple indicateur d’un verbe qui n’existe pas sans lui, ou aucun rôle du tout — et c’est ce rôle, pas le sujet, qui gouverne l’accord au passé composé.
  • Tous les verbes pronominaux se conjuguent avec l’auxiliaire être aux temps composés.
  • L’accord du participe passé dépend du rôle du pronom, pas seulement du sujet.
  • Un test simple (voir plus bas) permet de trancher dans la majorité des cas.
  • Dans le doute, mieux vaut reformuler la phrase que deviner.

Qu’est-ce qu’un verbe pronominal ? #

Un verbe pronominal se construit avec un pronom réfléchi qui renvoie à la même personne que le sujet : je me lave, tu te lèves, elle se souvient. En apparence, la règle est simple. Ce qui complique les choses, c’est que ce petit pronom n’a pas toujours la même fonction grammaticale d’une phrase à l’autre : parfois il représente la personne qui reçoit directement l’action, parfois il ne représente rien du tout et accompagne simplement un verbe qui n’existe pas sous une autre forme. C’est cette différence de rôle, invisible à l’oreille, qui produit la plupart des hésitations d’accord.

Les trois grandes familles de verbes pronominaux #

Avant de parler d’accord, il faut savoir à quelle famille appartient le verbe : le sens de la phrase donne la réponse.

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Famille 1

Réfléchi

L’action revient sur le sujet lui-même : la personne fait l’action et la reçoit à la fois.
Elle se lave. / Je me lave.
Famille 2

Réciproque

L’action est mutuelle : plusieurs sujets se la font l’un à l’autre, dans les deux sens.
Ils s’aiment. / Ils s’adorent.
Famille 3

Essentiellement pronominal

Le verbe n’existe qu’à la forme pronominale : impossible de le conjuguer autrement.
Elle se souvient. / Ils s’enfuient.

Un même verbe peut d’ailleurs changer de famille selon le contexte. Ils s’écrivent est réciproque quand deux personnes s’envoient des lettres l’une à l’autre ; le sens change dès que l’action n’est plus partagée dans les deux sens. C’est pour cela que la classification se fait phrase par phrase, jamais verbe par verbe une fois pour toutes.

Pourquoi l’accord du participe passé pose problème #

Aux temps composés, tous les verbes pronominaux se conjuguent avec l’auxiliaire être — réfléchis, réciproques ou essentiellement pronominaux, sans exception. Le piège est justement là : parce que l’auxiliaire est toujours le même, on est tenté de penser que l’accord l’est aussi. Or il ne suit pas mécaniquement le sujet. Tout dépend du rôle que joue le pronom dans la phrase.

SituationExempleAccord
Le pronom est complément d’objet direct, placé avant le verbeElle s’est lavée.Oui, avec le sujet
Un autre complément d’objet direct suit le verbe ; le pronom devient indirectElle s’est lavé les mains.Non
Verbe réciproque, action directement subieIls se sont aimés.Oui, avec le sujet
Verbe réciproque, action indirecte (on téléphone à quelqu’un)Ils se sont téléphoné.Non
Verbe essentiellement pronominal : le pronom n’a aucune fonctionElle s’est souvenue.Toujours, avec le sujet

Pour un verbe essentiellement pronominal, la question ne se pose même pas : le pronom ne représentant rien, l’accord se fait automatiquement avec le sujet, dans tous les cas.

Le test qui aide en situation #

Face à un accord incertain, une seule question à se poser : le pronom est-il le complément d’objet direct de l’action, et où se trouve ce complément dans la phrase ?

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1
Cherchez s’il existe, après le verbe, un autre complément d’objet direct que le pronom (« les mains », « la lettre »…).
2
S’il y en a un placé après le verbe : le pronom n’est pas le complément direct → pas d’accord.
3
S’il n’y en a pas, et que le pronom représente lui-même la personne ou la chose qui reçoit l’action : accord avec le sujet.
4
Si le verbe n’existe pas sans son pronom (essentiellement pronominal) : le test ne s’applique pas, l’accord avec le sujet est automatique.

Dans le doute, que faire ? #

Certaines phrases restent ambiguës même après le test — c’est normal, l’accord des pronominaux compte parmi les points les plus fins de la grammaire française. Dans ce cas, deux options, aussi légitimes l’une que l’autre : reformuler la phrase pour contourner la difficulté (changer de verbe, passer à un temps simple), ou vérifier la construction du verbe dans une référence fiable avant d’écrire. Vérifier n’est pas un aveu de faiblesse : c’est la façon la plus sûre de ne pas transformer une hésitation en faute.

À retenir

  • Le sujet et le pronom d’un verbe pronominal désignent la même personne, mais le rôle du pronom varie selon la phrase.
  • Trois grandes familles : réfléchi, réciproque, essentiellement pronominal — le sens seul permet de les distinguer.
  • Tous se conjuguent avec être aux temps composés, mais l’accord ne suit pas automatiquement.
  • Le test décisif : le pronom est-il complément d’objet direct, et se trouve-t-il avant ou après le verbe ?
  • Un verbe essentiellement pronominal s’accorde toujours avec le sujet, sans exception.
Qu’est-ce qui distingue un verbe pronominal réfléchi d’un verbe réciproque ?
Le réfléchi renvoie l’action sur le sujet lui-même (« elle se lave »), le réciproque la partage entre plusieurs sujets qui se la font mutuellement (« ils s’aiment »). C’est le sens de la phrase qui tranche, pas le verbe employé.
Pourquoi « elle s’est lavée » s’accorde et « elle s’est lavé les mains » non ?
Dans le premier cas, le pronom « s’ » est le complément d’objet direct, placé avant le participe : accord. Dans le second, « les mains » devient le complément direct et se place après le verbe ; le pronom passe alors au rang de complément indirect, donc pas d’accord.
Le participe passé d’un verbe essentiellement pronominal s’accorde-t-il toujours ?
Oui. Un verbe comme « se souvenir » n’existant pas sous une autre forme, son pronom ne représente rien de précis dans la phrase : l’accord se fait systématiquement avec le sujet.
Tous les verbes pronominaux se conjuguent-ils avec le même auxiliaire ?
Oui, toujours « être » aux temps composés, quelle que soit la famille du verbe. C’est précisément parce que l’auxiliaire ne varie jamais que l’accord, lui, demande une attention particulière.

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